Ce vendredi 5 juin avait lieu le dernier club de lecture de la saison.
Manuel de survie à l’usage des incapables
Thomas Gunzig

Comment un jeune employé malheureux, un assistant au rayon primeur, un baleinier compatissant et quatre frères, Blanc, Brun, Gris et Noir, quatre jeunes loups aux dents longues surentraînés et prêts à tout pour se faire une place au soleil, se retrouvent-ils liés par la conjonction fortuite d’un attentat frauduleux et d’un licenciement abusif ? On l’apprendra en suivant avec passion leurs aventures burlesques et noires dans les sinusoïdes étranges du destin, et leurs différentes façons de composer avec les sévères lois du cynisme contemporain. Sur le chemin, le roman fourmille d’images magnifiques, cocktail d’humour saugrenu et de poésie : « la tristesse pouvait s’installer dans une vie et s’y planter durablement, comme une vis bien serrée avec une couche de rouille par-dessus » ou « il sentait que la vie était une épreuve aussi désagréable qu’une longue angine »… Des morceaux de bravoure inoubliables, tels la création du monde en tant que supermarché, des références constantes aux contre-cultures cinématographiques, un art du rebondissement tiré des meilleurs feuilletons populaires, une précision jubilatoire, un sens de la narration et un style inoubliables, font de ce roman une vraie réussite.
J’ai eu du mal à apprécier Manuel de survie à l’usage des incapables de Thomas Gunzig, notamment à cause du mélange entre humains et caractéristiques animales, que j’ai trouvé déroutant et peu convaincant.
Giovanni
Les disparues de Nellie Bly
Isadora et Samuel Avril

Comment Elizabeth Cochrane est devenue Nellie Bly, la première journaliste d’investigation.
En 1885, Elizabeth Cochrane réalise son premier reportage, infiltrée au sein d’une fabrique de conserves et fait face à la misère des femmes maltraitées, dont certaines se volatilisent sans laisser de traces. Féministe avant l’heure, assoiffée de liberté et empruntant au destin ses chemins de traverse, Elizabeth décide de consacrer sa vie à la recherche de la vérité et de la justice. C’est à New York que Joseph Pulitzer lui confie la périlleuse mission de répondre à cette question qui la hante : où les femmes disparaissent-elles ?
Récit des investigations d’une femme exceptionnelle qui a fait preuve, fin 19e aux Etats-Unis, d’un courage extraordinaire pour s’imposer dans le milieu misogyne du journalisme et dénoncer les maltraitances faites aux femmes pauvres.
Annick
Et c’est ainsi que nous vivrons
Douglas Kennedy

Après Les hommes ont peur de la lumière, Douglas Kennedy poursuit sa fresque d’une Amérique plus divisée que jamais. Un roman choc, glaçant de réalisme, le constat effrayant de ce que pourraient devenir bientôt les États-Unis… Les États-Unis n’existent plus, une nouvelle guerre de Sécession en a redessiné les frontières.
Sur les côtes Est et Ouest, une république où la liberté de mœurs est totale mais où la surveillance est constante. Dans les États du Centre, une confédération où divorce, avortement et changement de sexe sont interdits et où les valeurs chrétiennes font loi.
Les deux blocs se font face, chacun redoutant une infiltration de l’autre camp.
C’est justement la mission qui attend Samantha Stengel. Agent des services secrets de la République, cette professionnelle reconnue, réputée pour son sang-froid, s’apprête à affronter l’épreuve de sa vie : passer de l’autre côté de la frontière, dans un des États confédérés les plus rigoristes, sur les traces d’une cible aussi dangereuse qu’imprévisible.
Dans ces États désormais Désunis, Samantha devra puiser au plus profond de ses forces pour échapper aux mouchards de son propre camp et se confronter aux attaques de l’ennemi.
Est-ce ainsi que nous vivrons ?
Certes ce n’est pas le meilleur roman d’espionnage, mais la dystopie est brillante et totalement plausible. Alarmiste, elle nous invite à nous interroger sur la société dans laquelle nous voudrions vivre demain. Serons-nous obligés de choisir entre l’Etat de Big Brother et une théocratie puritaine?
Christiane
Sauter des gratte-ciel
Julia von Lucadou

Dans un futur proche, dans une mégalopole hyper connectée, règne le culte de la transparence : tout est filmé, liké, évalué, commenté en direct, tandis que la société prône l’optimisation du corps et de l’esprit. Des jeunes gens qui sautent en Flysuit du haut des gratte-ciel, se rattrapant à la dernière seconde avant de toucher le sol, sont adulés et jouissent des privilèges réservé aux plus performants (et aux plus obéissants). Riva Karnovsky est l’une d’entre eux. Or, inexpliquablement, elle décide d’arrêter de sauter. Une jeune psychologue est alors chargée de la remettre dans le « droit chemin »…
Ce roman, c’est d’abord un monde où ce qui compte avant tout, c’est la performance. Pas seulement dans le sport comme sauter d’un gratte-ciel, mais aussi dans la vie quotidienne, dans la santé physique et mentale, et tout autant dans le travail. Chacune et chacun surveille sa performance, source de gros avantages matériels, mais qui est aussi scrutée de près par le chef. La performance détermine le niveau dans la hiérarchie sociale, la qualité du logement et son emplacement dans le haut des tours et près du centre de la ville. Les Périphéries sont un repoussoir, très fort pour certains personnages.
Ce monde est aussi celui de l’image, et à travers l’image, de la surveillance, très intrusive. Hitomi étudie le comportement de Riva pour la comprendre et trouver le moyen de l’aborder et de l’influencer. Elle le fait à travers une surveillance permanente de Riva grâce à des caméras dans son appartement, parfois via des caméras extérieures. Elle puise aussi dans des images d’archive mises à disposition par sa société. L’obsession de la réussite va la pousser à des excès.
Il n’est pas étonnant que la psychologie occupe une place centrale dans le roman. Non seulement Hitomi effectue un travail de psychologue, mais elle raconte ses propres expériences psychologiques, son sentiment de culpabilité face à ses difficultés dans le travail, à ses baisses de performance, ses relations avec son chef, ses relations avec divers autres personnages. La tension est permanente tout au long du roman, les relations affectives n’y ont pas de place. Tant Hitomi que Riva ne trouvent un peu de réconfort que dans leurs souvenirs.
La formation de l’autrice, ses compétences dans le domaine du cinéma, nous valent des images fortes. C’est le cas pour l’entrée en matière très cinématographique du roman, avec une longue plongée vers la ville depuis l’espace. L’autrice valorise aussi ces compétences pour visualiser comment Hitomi observe au quotidien la vie de Riva et de son compagnon dans leur appartement.
« Sauter des gratte-ciel » est un roman à recommander à la fois pour sa thématique, ce culte de la performance très actuel et les dérives de la surveillance, et pour sa construction, avec une tension croissante et l’appréhension de dérapages de plus en plus incontrôlés dans le comportement des personnages.
Stéphan
L’honorable collectionneur
Lize Spit

Depuis que ses parents ont divorcé, Jimmy trompe la tristesse et la solitude en collectionnant les flippos, des vignettes qu’il trouve dans les paquets de chips.
Quand Tristan, un réfugié kosovar, arrive dans sa classe, Jimmy, excellent élève, est chargé de l’aider. Les deux garçons deviennent très amis, mais bientôt la famille kosovare est menacée d’expulsion. Heureusement, Tristan a un plan pour obtenir le droit d’asile, un plan où un rôle crucial mais mystérieux est dévolu à Jimmy…
Roman court et percutant dans lequel le thème des réfugiés est traité sans concession à travers le regard de deux enfants qui se lient d’amitié. On y retrouve l’écriture incisive de Lize Spit avec une fin tranchante comme il se doit.
Catherine
La route des lucioles
Kristin Hannah

Kate et Tully se rencontrent en 1974. Elles ont 14 ans et rien en commun : Kate est insignifiante tandis que Tully est l’une des élèves les plus populaires du collège. Pourtant, contre toute attente, elles deviennent inséparables. Depuis le début de sa vie, Tully n’a de cesse de prouver sa valeur au monde : abandonnée toute petite par sa mère, elle n’a qu’une obsession, être aimée. Elle cherche d’abord la reconnaissance dans les bras des hommes avant de se vouer à son travail. Son métier de journaliste vedette à la télévision et son ambition l’entraînent aux quatre coins du monde où elle trouve la célébrité, le succès… et la solitude. Kate, elle, a toujours su qu’elle aurait une vie ordinaire ; son rêve : tomber amoureuse et avoir des enfants. Mais ce dont elle ne se doutait pas, c’est à quel point devenir épouse et mère la changerait, à quel point elle oublierait ses rêves de jeunesse et finirait par envier sa célèbre meilleure amie… Pendant trente ans, Tully et Kate restent amies, malgré la vie, les jalousies et les déceptions. Et elles pensent qu’elles le resteront toujours… jusqu’à ce qu’une ultime trahison les sépare et mette leur amitié à l’épreuve.
L’amitié peut-elle résister à tout ?
J’ai vraiment passé un bon moment avec La Route des lucioles. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est la relation entre Kate et Tully. Leur amitié m’a paru très crédible, avec ses hauts, ses bas, ses moments de complicité et ses incompréhensions, comme dans beaucoup d’amitiés qui durent des années. J’ai aussi beaucoup aimé le fait que le roman nous fasse traverser plusieurs décennies. On voit évoluer les personnages, mais aussi la société, les mentalités et leurs aspirations. Kate et Tully sont deux femmes très différentes, presque opposées, et c’est justement ce contraste qui rend leur relation aussi intéressante.
Il aborde avec justesse des thèmes universels comme l’amitié féminine, les relations mère-fille ou encore les choix parfois difficiles entre la carrière professionnelle et la vie de famille. Ce n’est peut-être pas un roman qui repose sur une intrigue pleine de rebondissements, mais plutôt sur la profondeur de ses personnages et des liens qui les unissent. Et c’est précisément ce qui, pour moi, en fait une très belle lecture.
Julia
La prochaine saison du club recommencera en octobre ! Rendez-vous le 2 octobre 2027 et bel été !