A quelques jours du 8 mars qui nous rappelle chaque année la lutte pour les droits des femmes, le club de lecture s’est réuni pour mettre en avant des destins de femmes hors du commun. Même si nous n’avons lu que des romans, les parcours de ces femmes n’ont pas manqué de nous faire réfléchir.
La Pouponnière d’Himmler
Caroline de Mulder

Heim Hochland, en Bavière, 1944. Dans la première maternité nazie, les rumeurs de la guerre arrivent à peine ; tout est fait pour offrir aux nouveau-nés de l’ordre SS et à leurs mères « de sang pur » un cadre harmonieux. La jeune Renée, une Française abandonnée des siens après s’être éprise d’un soldat allemand, trouve là un refuge dans l’attente d’une naissance non désirée. Helga, infirmière modèle chargée de veiller sur les femmes enceintes et les nourrissons, voit défiler des pensionnaires aux destins parfois tragiques et des enfants évincés lorsqu’ils ne correspondent pas aux critères exigés : face à cette cruauté, ses certitudes quelquefois vacillent. Alors que les Alliés se rapprochent, l’organisation bien réglée des foyers Lebensborn se détraque, et l’abri devient piège. Que deviendront-ils lorsque les soldats américains arriveront jusqu’à eux ? Et quel choix leur restera-t-il ? Reconstituant dans sa réalité historique ce gynécée inquiétant, ce roman propose une immersion dans un des Lebensborn patronnés par Himmler, visant à développer la race aryenne et à fabriquer les futurs seigneurs de guerre. Une plongée saisissante dans l’Allemagne nazie envisagée du point de vue des femmes.
Une fiction basée sur des faits historiques où les abominations du projet « lebensborn » et de l’idéologie nazie se révèlent progressivement au cours de ce récit choral.
Christiane
Vous ne connaissez rien de moi
Julie Héraclès

Librement inspiré de la photographie représentant une femme tondue tenant un nourrisson dans ses bras, prise par Robert Capa le 16 août 1944 à Chartres au moment de l’épuration sauvage menée par la population française après la Libération, ce roman met en scène Simone, une femme libre et passionnée qui ne compte pas se laisser abattre par ce déchaînement de haine.
Un récit intime, puissant et bouleversant qui redonne voix à une femme tondue à la Libération. Tiré d’un fait réel, la primo-écrivaine Julie Héraclès explore avec talent la honte, l’amour interdit et la violence collective tout en éclairant le présent par des flash-backs d’enfance d’une grande justesse.
Catherine
Trois femmes puissantes
Marie NDiaye

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s’appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. L’art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d’une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d’une conscience livrée à la pure violence des sentiments.
Est-ce un roman ou la succession de trois nouvelles ? On s’attendrait à découvrir des liens entre les trois parties, mais il n’y en a pas, hormis l’un ou l’autre détail qui n’a aucun impact sur le déroulement. Au bout du compte, on traverse trois récits indépendants qui n’interagissent pas.
Le titre du roman annonce la présence de trois femmes puissantes, mais il n’y a que deux parties où une femme est au centre du récit. Il est vrai que dans la deuxième partie centrée sur Rudy, sa femme Fanta est fortement présente à travers les actions. Cependant, si ces trois femmes sont puissantes dans leur capacité à faire face à ce qui leur arrive, elles sont surtout bousculées, en tout cas Norah et Khadi.
La romancière se centre sur la psychologie des personnages, sur leur ressenti, avec pour effet que le lecteur ou la lectrice s’enfonce dans les tourments psychologiques des personnages. Le contexte matériel ou social est passé sous silence, il n’est question que d’individus, souvent perturbés, et de relations interpersonnelles, la plupart du temps tendues ou troubles.
Pour raconter ses personnages et leurs mésaventures, l’autrice utilise beaucoup de phrases très longues où elle mêle des descriptions, des réflexions, des souvenirs, des conjectures, des jugements. Ce sont des constructions sophistiquées, ciselées, mais qui font parfois perdre le fil. Elle les alterne avec des phrases courtes davantage destinées à faire progresser le récit. Pour souligner des moments-clés, l’autrice introduit aussi une légère touche de fantastique.
Ce roman est finalement la juxtaposition de trois récits autour de personnages tourmentés dans lesquels la romancière démontre la virtuosité de son écriture, mais un peu comme dans ces œuvres musicales où le compositeur a trop servi la virtuosité d’un soliste, on ne voit pas très bien où il a voulu en venir.
On comprend que Marie Ndiaye a pu déclarer en 2013 que pour elle, ce qui fait un grand roman, c’est d’abord le travail sur l’esthétique, la musicalité, puis la psychologie des personnages. On peut estimer que ça ne suffit pas.
Stephan
Mon mari
Maud Ventura

C’est une femme toujours amoureuse de son mari après quinze ans de vie commune. Ils forment un parfait couple de quadragénaires : deux enfants, une grande maison, la réussite sociale. Mais sous cet apparent bonheur conjugal, elle nourrit une passion exclusive à son égard. Cette beauté froide est le feu sous la glace. Lui semble se satisfaire d’une relation apaisée : ses baisers sont rapides, et le corps nu de sa femme ne l’émeut plus. Pour se prouver que son mari ne l’aime plus – ou pas assez – cette épouse se met à épier chacun de ses gestes comme autant de signes de désamour. Du lundi au dimanche, elle note méthodiquement ses « fautes », les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre, elle le trompe pour le tester. Face aux autres femmes qui lui semblent toujours plus belles, il lui faut être la plus soignée, la plus parfaite, la plus désirable. On rit, on s’effraie, on se projette et l’on ne sait sur quoi va déboucher ce face-à-face conjugal tant la tension monte à chaque page. Un premier roman extrêmement original et dérangeant.
Psychologiquee et déjanté, ce livre vous fera passer un bon moment et vous ne pourrez que souhaiter ne pas brûler d’une passion aussi dévorante que notre protagoniste !
P.S. : Mon mari sinon rien ! Même les enfants ne trouveront pas grâce devant le mari !
Brigitte
Le Serpent Majuscule
Pierre Lemaitre

« Avec Mathilde, jamais une balle plus haute que l’autre, du travail propre et sans bavures. Ce soir est une exception. Une fantaisie. Elle aurait pu agir de plus loin, faire moins de dégâts, et ne tirer qu’une seule balle, bien sûr. » Dans ce réjouissant jeu de massacre où l’on tue tous les affreux, Pierre Lemaitre joue en virtuose de sa plume caustique. Avec cette œuvre de jeunesse inédite, il fait cadeau à ses lecteurs d’un roman noir et subversif qui marque ses adieux au genre.
Sous les apparences d’une grand-mère douce, rondelette et presque attendrissante, Mathilde cache un sang-froid implacable et un talent redoutable pour exécuter ses contrats sans trembler. Dans Le Serpent majuscule de Pierre Lemaitre, cette dualité fascinante transforme chaque page en un jeu dangereux où la tendresse du quotidien côtoie la violence la plus glaciale.
Giovanni
Les femmes ont déjà été mises à l’honneur au club. Retrouvez les séances qui leur ont été consacrées
Le prochain club se déroulera le vendredi 3 avril à 18h15 et n’aura pas de thème.