Les filles d’Egalie

Bert Brantenberg

« Elle » fait bon vivre en Égalie. La présidente Rut Brame travaille nuit et jour à la bonne marche de l’État, quand son époux Kristoffer veille avec amour sur leur foyer. Il y règne d’ailleurs une effervescence toute particulière : à quinze ans, leur fils Pétronius s’apprête à faire son entrée dans le monde. Car voici enfin venu le bal des débutants.
Mais l’adolescent, grand et maigre, loin des critères de beauté, s’insurge contre sa condition d’homme-objet. Dans l’impossibilité de prendre son indépendance, il crée presque malgré lui un mouvement qui s’apprête à renverser le pouvoir matriarcal en place. L’avenir de la cité radieuse est amené à changer… pour le meilleur et pour le pire.

Avec Les Filles d’Égalie, Gerd Brantenberg signe une dystopie féministe et résolument provocatrice. L’auteure renverse littéralement les codes de la société patriarcale : les femmes ont tous les pouvoirs, et la langue s’en ressent. Le féminin, omniprésent, l’emporte systématiquement sur le masculin, faisant apparaître de nouveaux mots qui soulignent avec une ironie mordante l’oppression invisible qui règne sur la gente féminine.

Brûlant d’actualité et débordant d’humour, Les Filles d’Égalie, le grand roman féministe norvégien du XXe siècle, est enfin traduit en français.

Note : 5 sur 5.

Dans une postface, l’autrice explique son intention : « adresser une critique à une société par le biais de son reflet parodique ». Elle réussit le tour de force de nous faire vivre au quotidien dans un monde dominé par le matriarcat, présenté comme une société égalitaire. Un de ses outils est la langue. Elle utilise de manière systématique des mots, des expressions et des tournures à partir du féminin. Quelques exemples : on ne dit pas « il pleut », mais « elle pleut », les gentes et pas les gens, le féminin l’emporte sur le masculin, etc. Cela déroute au début, ce qui montre à quel point on est imprégné du langage du patriarcat. L’exercice est poussé très loin, il a quelque chose de jouissif. L’autrice avoue dans sa postface que « l’exercice est truffé de pièges ».

À côté de la langue, toute la construction du roman suit la même logique. Les vêtements, les activités professionnelles, les comportements, les conventions sociales, tout est renversé par rapport au vécu dans notre société patriarcale. L’autrice ne fait pas de grands discours, elle raconte simplement à travers les faits auxquels elle confronte ses personnages. Quand il est question de critique sociale, c’est dans les discussions entre les personnages, Petronius notamment, qui s’interrogent sur la situation d’infériorité dans laquelle ils sont maintenus. Ainsi, Petronius ne se satisfait pas des explications traditionnelles ; il découvre petit à petit comment le genre est une construction, que les rôles sont construits sur base de croyances et sur un système de domination. La romancière ne se prive pas d’interroger sur l’existence d’au moins un autre système de domination, celui de l’économie capitaliste, mais pour faire comprendre que dans le monde qu’elle décrit, la domination par le genre passe tout à fait au second plan.

Ce renversement se retrouve bien sûr aussi dans les relations entre les hommes et les femmes, les premiers recherchant la protection du sexe fort dans l’espoir d’une vie de famille où ils s’occuperont du ménage et des enfants. Il est pourtant aussi question d’amour, d’amitié, de tendresse, mais il y a toujours à l’arrière plan le système normatif du genre qui peut jeter le trouble et même plus. Car le renversement vaut aussi pour les comportements violents.

Une lecture renversante, jouissive et d’utilité publique.

Stéphan

Nos étoiles contraires

John Green

Hazel, 16 ans, est atteinte d’un cancer. Son dernier traitement semble avoir arrêté l’évolution de la maladie, mais elle se sait condamnée. Bien qu’elle s’y ennuie passablement, elle intègre un groupe de soutien, fréquenté par d’autres jeunes malades.

C’est là qu’elle rencontre Augustus, un garçon en rémission, qui partage son humour et son goût de la littérature. Entre les deux adolescents, l’attirance est immédiate.

Note : 5 sur 5.

Histoire poignante de deux jeunes cancéreux qui croquent ce qu’il leur reste à pleines dents et dans laquelle se mêlent amour, humour, réflexion sur le sens de la vie. Histoire à lire absolument tant les personnages sont attachants.

Brigitte

Nagasaki

Eric Faye

« Clandestine depuis un an Il s’étonnait de voir des aliments disparaître de sa cuisine : un quinquagénaire célibataire des quartiers sud a installé une caméra et constaté qu’une inconnue déambulait chez lui en son absence. » Un simple fait divers dans un quotidien du matin à Nagasaki.

Tout commence par des disparitions, en effet, des déplacements d’objets. Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. C’est un homme ordinaire, qui rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure.
Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit.

Note : 4 sur 5.

L’ordre et le chaos se percutent dans ce roman court inspiré d’un fait divers réel qui s’est déroulé en 2008 à Nagasaki. L’auteur nous plonge dans un récit sobre, épuré presque minimaliste qui explore des thèmes profonds comme la solitude et l’invisibilité sociale. Qui sont ces parias devenus invisibles pour la société. Que restera-t-il de nous quand nous serons partis ?

Catherine

Paris est une fête

Ernest Hemingway

Au cours de l’été 1957, Hemingway commença à travailler sur les «Vignettes parisiennes», comme il appelait alors Paris est une fête. Il y travailla à Cuba et à Ketchum, et emporta même le manuscrit avec lui en Espagne pendant l’été 59, puis à Paris, à l’automne de cette même année. Le livre, qui resta inachevé, fut publié de manière posthume en 1964. Pendant les trois années, ou presque, qui s’écoulent entre la mort de l’auteur et la première publication, le manuscrit subit d’importants amendements de la main des éditeurs.
Se trouve aujourd’hui restitué et présenté pour la première fois le texte manuscrit original tel qu’il était au moment de la mort de l’écrivain en 1961. Ainsi, «Le poisson-pilote et les riches», l’un des textes les plus personnels et intéressants, retrouve ici ces passages, supprimés par les premiers éditeurs, dans lesquels Hemingway assume la responsabilité d’une rupture amoureuse, exprime ses remords ou encore parle de «l’incroyable bonheur» qu’il connut avec Pauline, sa deuxième épouse.

Note : 4 sur 5.

Dans le Paris des années 1920, Ernest Hemingway raconte une vie de bohème faite de cafés enfumés, de pauvreté choisie et d’une soif brûlante d’écrire. Paris est une fête est le souvenir lumineux d’un temps où la jeunesse, l’art et la liberté se confondaient, avant que la fête ne devienne mémoire.

Giovanni

La promesse cachée

Lucinda Riley

« Tu seras dotée d’une beauté extraordinaire plus tard. Ça ne sera peut-être pas la bénédiction que le monde s’imagine. Méfie-toi. Il reviendra te trouver sur la lande. Nul ne peut modifier le cours du destin… »
Leah Thompson, jeune femme d’une beauté saisissante née au sein d’une famille modeste du Yorkshire, n’a jamais oublié les paroles de la vieille femme de son village. Devenue une célèbre mannequin, elle travaille à Milan, Londres et New York avec les plus grands photographes de mode.
Mais malgré cette vie luxueuse, un événement traumatisant ne cesse de la tourmenter. Leah est toujours hantée par cette prophétie et par les fantômes de son passé qui semblent mystérieusement mêlés à l’histoire tragique de deux enfants polonais pendant la Seconde Guerre mondiale…
À travers le destin d’une famille ravagée par la guerre et les secrets, Lucinda Riley nous offre un roman éblouissant entre l’Angleterre, l’Italie, les États-Unis et la Pologne.

Note : 5 sur 5.

Impossible de s’ennuyer avec ce roman qui est une véritable montagne russe émotionnelle. Passé et présent s’entremêlent, les blessures d’autrefois se rouvrent et les secrets éclatent au grand jour au fil de l’histoire. Petit à petit, nous faisons le lien avec tel personnage, tel évènement, parfois même sans que cela soit dit clairement. Le roman, se déroulant sur plusieurs années, permet de voir les personnages grandir, mûrir et on prend plaisir (ou non) à les voir évoluer. Les histoires traversent les époques (2ème guerre mondiale) et les lieux (Angleterre, Milan, New York…) comme adore le faire l’autrice. Lucinda Riley, avec sa plume fluide et captivante, ne ménage pas son lectorat avec des sujets graves qui nous révoltent profondément par moment. Ses personnages sont parfois malmenés par la vie, elle ne choisit pas la facilité et n’épargne personne.
Une saga familiale dont seul Lucinda Riley a le secret. 

Julia

Il n’est pire aveugle

John Boyne

Propulsé dans la prêtrise par une tragédie familiale, Odran Yates est empli d’espoir et d’ambition. Lorsqu’il arrive au séminaire de Clonliffe dans les années 1970, les prêtres sont très respectés en Irlande, et Odran pense qu’il va consacrer sa vie au « bien ».
Quarante ans plus tard, la dévotion d’Odran est rattrapée par des révélations qui ébranlent la foi du peuple irlandais. Il voit ses amis jugés, ses collègues emprisonnés, la vie de jeunes paroissiens détruite, et angoisse à l’idée de s’aventurer dehors par crainte des regards désapprobateurs et des insultes.
Mais quand un drame rouvre les blessures de son passé, il est forcé d’affronter les démons qui ravagent l’Église, et d’interroger sa propre complicité.
Roman aussi intime qu’universel, Il n’est pire aveugle évoque les histoires que nous nous racontons pour être en paix avec nous-mêmes. Il confirme que Boyne est l’un des plus grands portraitistes de sa génération.

Note : 5 sur 5.

Qui mieux que John Boyne pour aborder le sujet difficile de la pédocriminalité dans l’Eglise tout en racontant des trajectoires de personnages complexes et subtils ?

Le sujet est traité avec maestra et confirme l’habilité de John Boyne pour parler de la petite et de la grande histoire via des portraits humains et sans concessions. Lisez John Boyne !

Noémie

Ce qui vient après

JoAnne Tompkins

Dans l’État brumeux de Washington, Isaac traverse seul le deuil de son fils adolescent, Daniel, assassiné par son meilleur ami Jonah. Ce dernier se suicide et le monde de sa mère Lorrie s’effondre à son tour. Il n’y a aucune explication à ce drame. Isaac et Lorrie, autrefois amis, s’évitent telles des ombres séparées par leurs pertes incommensurables. Jusqu’à l’apparition soudaine d’une sans-abri de seize ans, enceinte. Recueillie par Isaac, accompagnée par Lorrie, Evangeline devient un rai de lumière dans leur vie. Mais une révélation éclate : la jeune fille avait croisé le chemin des garçons la semaine du meurtre. Tous trois devront confronter leurs souvenirs douloureux. Car comprendre le passé est leur seule chance de pouvoir se tourner vers l’avenir.
« Et il y avait le caractère effrayant de ce qu’elle-même ressentait, son impression de bonheur fragile. Elle ne le supporterait pas. Impossible. Elle n’était pas certaine qu’elle serait un jour véritablement heureuse, mais elle comprenait, avec ce minuscule aperçu, que le bonheur était une addiction, qu’on était condamné à chercher pour l’éternité ce premier et parfait apogée. Non, quoi que fût cette sensation, il fallait l’étouffer avant qu’elle prenne racine et commence à se diffuser, avant qu’elle ait besoin d’être nourrie pour ne pas la faire souffrir. »

Note : 3 sur 5.

Un livre qui vise à démonstrer que tout ne s’arrête pas à la perte d’un être cher, qu’il y a un après, que le pardon est possible, que la vie peut encore offrir de belles choses.

Christiane

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