Le sens de nos pas

Claire Norton

Auguste a « son » banc, dans un joli parc du Vésinet.
Celui où, tant de fois, il est venu s’asseoir avec Jeanne, son grand amour. Depuis la mort de cette dernière, il continue d’y venir chaque jour se souvenir des belles choses… Cet après-midi-là, c’est accablé qu’Auguste s’assied : il vient d’apprendre coup sur coup que sa belle-fille et son fils s’apprêtent à le placer en maison de retraite, et qu’il est atteint d’un mal incurable qui ne lui laisse que quelques mois à vivre.
Échouée à l’autre bout du banc, Philomène, quinze ans, est tout aussi désemparée. Fille unique, elle vient de perdre sa mère dans un accident de voiture et a rompu toute communication avec son père, qu’elle accuse de lui cacher la véritable cause de cet accident : un suicide.
Leur seule issue, cet après-midi-là : s’enfuir. Auguste parce qu’il refuse de passer le peu de temps qu’il lui reste enfermé et passif. Philomène parce qu’elle ne pourra pas faire son deuil tant qu’elle n’aura pas résolu le mystère de la mort de sa mère.
Également désemparé, Auguste n’a aucune envie de s’encombrer de cette gamine. Pourtant, et contre toute attente, la quête que vont entreprendre ensemble le vieil homme et la jeune fille se révélera le plus précieux cadeau que la vie pouvait leur réserver…

Note : 4 sur 5.

Belle leçon d’amitié dans ce roman feel good qui traite en finesse et en psychologie de thèmes délicats tels que la solitude de la vieillesse, la fin de vie inéluctable, du deuil, de l’adolescence mais aussi du pardon et de la reconstruction. Tout ce qui donne un sens à nos pas.

Catherine

Nature morte

Louise Penny

Le matin de Thanksgiving, on découvre dans le paisible petit village québecois de Three Pines le cadavre d’une vieille dame aimée de tous. L’inspecteur Armand Gamache, de la Sûreté du Québec, est chargé de l’enquête. Ce meurtre est déroutant. Qui voudrait voir morte une vieille dame aussi gentille? Le mystère s’épaissit à mesure que l’on met au jour des oeuvres d’art que la victime a longtemps gardées secrètes. Rustiques, primitives et troublantes, ces peintures touchent différemment tous ceux qui les voient…

Note : 5 sur 5.

J’ai beaucoup apprécié certains personnages, comme Gabri et Olivier, les tenanciers du restaurant, Clara, l’artiste, l’inspecteur Armand Gamache.

La convivialité et l’ambiance du village m’ont plu.

J’ai aussi aimé le lieu de l’action, ce village dans la nature du Québec, entouré de pins.

Et, dernier mais pas le moindre, tout le suspense qui entoure ce livre : de nombreux personnages sont passés au crible, chacun de ces personnages aurait eu une bonne raison de commettre le meurtre.

Evelyne

La maison de l’orchidée

Lucinda Riley

Dans son enfance, Julia Forrester a passé des moments idylliques dans la serre de Wharton Park. Un immense et magnifique domaine où son grand-père était chargé de prendre soin des orchidées. Des années plus tard, Julia est devenue une pianiste de renommée mondiale. Alors qu’elle fait face à une tragédie personnelle, la jeune femme revient sur les traces de son enfance et renoue avec Christopher, l’héritier de Wharton Park. Un journal intime, écrit dans les années 1940 par le grand-père de Julia, est découvert lors de travaux de rénovation. Quels mystères renferment ces pages ? Dans les méandres de l’histoire de deux familles ravagées par la guerre, Julia va découvrir de sombres secrets qui vont bouleverser sa vie. Les secrets de familles resurgissent toujours?

Note : 4 sur 5.

Wharton Park, fière et noble demeure anglaise qui unit les êtres à travers le temps. Cette maison est le cœur du roman, presque un personnage à part entière. Lucinda Riley nous offre ici une saga familiale avec des allers-retours présent / passé et de nombreux rebondissements. Plume fluide et agréable, on est happé par l’histoire qui suscite pas mal d’émotions. De nombreux thèmes sont abordés : devoir, deuil, reconstruction, sens de la famille, amour, trahison… 

J’ai aimé suivre ces personnages, voyager à travers les pays, découvrir un contexte 39-45 sous un nouveau jour et partager les états d’âmes de chacun. Un petit bémol : l’histoire est très riche et certains rebondissements sont pour moi superflus et viennent juste rajouter des pages au livre.

Une saga familiale entre passé et présent, des destins croisés, des rebondissements, pas le temps de s’ennuyer avec Lucinda Riley

Julia

Je serai le feu

Diglee

Cette anthologie réunit 50 poétesses des 19e, 20e et 21e siècle. Certaines d’entre elles sont très connues, d’autres sont tombées dans l’oubli.
Toutes ont en commun d’avoir marqué leur époque, et d’avoir écrit de sublimes poèmes. Pour chacune d’entre elles, Diglee a réalisé un portrait ou une illustration originale, rédigé une biographie, et sélectionné ses poèmes préférés.

« Je serai le feu » est une anthologie de poésie de femmes. Son titre est le dernier vers d’un court poème de Claude de Burine, poétesse française décédée il y a bientôt 20 ans. Elle est une des cinquante que Diglee a retenues pour son anthologie. Elle s’est lancée dans cette aventure après s’être rendu compte que parmi les nombreux poètes qu’elle aimait lire, il n’y avait aucune femme.

Le résultat est très riche : pour chaque poétesse, Diglee propose une biographie, un choix de poèmes et aussi un portrait, puisqu’elle est illustratrice. Chaque portrait met en scène la poétesse dans une attitude et un contexte qui se veut en rapport avec son approche de la poésie, qu’elle soit proche de la nature, amoureuse, rêveuse, érotique, ésotérique, sombre ou tragique.

Diglee a regroupé les cinquante poétesses en huit catégories aux intitulés souvent poétiques : les filles de la lune, les prédatrices, les mélancoliques, les magiciennes, les excentriques, les insoumises, les alchimistes du verbe et les consumées. Elle avoue à plusieurs reprises qu’elle a hésité dans son classement et à la lecture des poèmes, on peut effectivement s’interroger sur certains choix.

Cela dit, c’est une très belle anthologie qui propose des écrivaines du 19e, du 20e et du 21e siècle, essentiellement françaises et anglo-saxonnes. Certaines sont connues, leur nom du moins, par exemple Anaïs Nin, Andrée Chedid, Anna de Noailles, Emily Dickinson, Patti Smith. Mais à moins d’être spécialiste de poésie, c’est une découverte totale, très riche et d’une grande variété. Variété dans les thématiques, dans les atmosphères, dans le style, tantôt classique avec des vers réguliers et des rimes, tantôt tout à fait libres.

On sent que l’autrice a voulu souligner la modernité des certaines poétesses du 19e siècle et du début du 20e dont les poèmes parlent du corps féminin, de l’érotisme, des relations entre femmes. Elle a été attentive à retenir dans ses choix des poétesses très engagées, en particulier des afro-américaines féministes et/ou militantes anti-racistes. Mais surtout, en parlant de ce qui l’a attirée et même fascinée dans chaque poétesse présentée, Diglee nous prend par la main pour entrer dans la poésie singulière de chacune,

Certains poèmes paraîtront d’un abord facile, d’autres hermétiques. Ma suggestion dans ce cas serait de ne pas forcer mais d’y revenir plus tard, de s’abandonner, de se laisser emporter par l’écriture plutôt que de chercher à tout prix à comprendre. Ça ne marche pas toujours, mais cela peut être une belle expérience.

Ce qu’on peut reprocher à l’autrice, c’est de finalement donner trop peu de place aux poèmes. Pour une série de poétesses, après une biographie détaillée ou abondamment commentée, on ne trouve que quelques courts textes. C’est frustrant. Autre regret : l’absence d’autrices issues d’Afrique et d’Asie.

Un grand voyage poétique au féminin, éblouissant et envoûtant.

Note : 4 sur 5.
Stéphan

Jusque dans nos bras

Alice Zeniter

Je suis de la génération qui a fêté ses dix ans avec le génocide rwandais, je suis de la génération qui a perdu Bertrand Cantat et découvert la Lituanie par la même occasion, je suis de la génération qui n’aura plus de pétrole alors qu’elle commence à peine à s’amuser avec les low-cost, je suis de la génération qui ne peut pas accueillir toute la misère du monde. »
Aujourd’hui Alice se marie avec Mad. Mad est malien. Ils sont les meilleurs amis du monde depuis leur enfance, ils ont partagé le même bac à sable, le même collège et le même lycée, ils se sont enthousiasmés, engagés et révoltés, ils ont grandi ensemble, envers et contre tous. Aujourd’hui Alice se marie avec Mad. Mais leur mariage est un mariage blanc. Parce que c’est la seule chose qu’Alice peut faire pour sauver son ami, parce que ce sera la pierre de touche de son engagement, le point final de son adolescence.

Note : 5 sur 5.

Magnifique roman écrit dans un langage jeune, énergique et direct. Alice Zeniter, nous y livre son histoire, celle de son adolescence et d’une amitié indissoluble qui la mènera au plus beau des sacrifices. Le roman nous parle aussi de la France du début des années 2000 et des changements politiques et sociétaux qui s’y jouent.

Isabelle

L’hiver du commissaire Ricciardi

Maurizio de Giovanni

Nous sommes à Naples en 1931. En cette fin du mois de mars, un vent glacial souffle sur la ville et une nouvelle choquante frappe les esprits : le grand ténor Arnaldo Vezzi, voix sublime, artiste de renommée mondiale, et ami du Duce a été retrouvé sans vie dans sa loge du Théâtre royal San Carlo, juste avant le début d’une représentation du Paillasse de Leoncavallo. Sa gorge a été tranchée avec un fragment acéré de son miroir qui a volé en éclats.
Un crime aussi spectaculaire et aussi sensible sur le plan politique doit être élucidé au plus vite ; l’affaire est donc confiée à un enquêteur hors du commun : le commissaire Luigi Alfredo Ricciardi, de la brigade mobile de la police royale. Mal accepté par ses supérieurs à cause de sa désinvolture face à la hiérarchie et fui par ses subordonnés qui n’apprécient pas son caractère introverti, Ricciardi est un homme tourmenté ; traumatisé dans l’enfance, il est depuis lors hanté par les morts qu’il « voit » passer de vie à trépas tout en éprouvant leur souffrance, en une forme extrême d’empathie. Harcelé par le divisionnaire qui exige des résultats, Ricciardi devra se fier à son sens de la justice pour découvrir l’identité du meurtrier.

Note : 4 sur 5.

Ce roman nous transporte dans une Naples sombre et venteuse, en pleine époque fasciste. L’intrigue est portée par le commissaire Ricciardi, un enquêteur singulier et torturé, qui porte sur ses épaules non seulement le poids de son don — ou malédiction : il peut voir et entendre les derniers instants des morts. Ce don le condamne à une solitude presque totale, persuadé qu’il est incompris et indigne d’amour.

Malgré cela, j’ai été happée par cette enquête originale. L’une des grandes forces de ce livre réside dans son style d’écriture, à la fois poétique et immersif. L’auteur nous plonge avec brio dans l’univers fascinant du monde lyrique, au cœur même de l’intrigue.

Noémie

Les enfants sont rois

Delphine de Vigan

« La première fois que Mélanie Claux et Clara Roussel se rencontrèrent, Mélanie s’étonna de l’autorité qui émanait d’une femme aussi petite et Clara remarqua les ongles de Mélanie, leur vernis rose à paillettes qui luisait dans l’obscurité. « On dirait une enfant » pensa la première, « elle ressemble à une poupée » songea la seconde.
Même dans les drames les plus terribles, les apparences ont leur mot à dire. »
A travers l’histoire de deux femmes aux destins contraires, Les enfants sont rois explore les dérives d’une époque où l’on ne vit que pour être vu. Des années Loft aux années 2030, marquées par le sacre des réseaux sociaux, Delphine De Vigan offre une plongée glaçante dans un monde où tout s’expose et se vend, jusqu’au bonheur familial.

Note : 4 sur 5.

A la fois portraits de femmes, enquête policière et surtout vive, très vive critique du phénomène des enfants influenceurs, ce livre nous incite à nous interroger sur l’impact des réseaux sociaux sur notre comportement : narcissisme, voyeurisme, fascination, addiction …, sur nos relations avec les autres via ces médias et sur les troubles psychologiques qui peuvent en résulter. Il pose aussi la question du droit à l’image et du droit à l’oubli.

Le récit parait n’être là que pour illustrer l’importance de légiférer et appuyer une prise de position sans nuances.

Christiane

Le soleil des Scorta

Laurent Gaudé

Lorsque commence le récit, Luciano Mascalzone, un traîne-savate vivant de petites rapines, revient après quinze années de prison à Montepuccio, un village des Pouilles aux façades sales où les heures passent dans une fournaise qui abolit les couleurs. Autour, ce ne sont que collines et mer enchevêtrées. « Il m’a fallu du temps mais je reviens. Je suis là. Vous ne le savez pas encore puisque vous dormez. Je longe la façade de vos maisons. Je passe sous vos fenêtres. Vous ne vous doutez de rien. Je suis là et je viens chercher mon dû. » Son dû, c’est Filomena Biscotti, une femme qu’il désire depuis qu’il l’a rencontrée et dont le souvenir n’a cessé de le hanter. Ce que Luciano ignore, c’est que celle qui lui ouvre sa porte et qui se laisse dépuceler est la sœur cadette de celle qu’il convoitait, Immacolata. Battu à mort par les villageois, il meurt dans le dégoût du monde. Immacolata donne naissance à un fils. C’est ainsi que naît la lignée des Mascalzone, qui portera le nom de Scorta : d’une erreur, d’un malentendu. « D’un homme qui s’était trompé. Et d’une femme qui avait consenti à ce mensonge parce que le désir lui faisait claquer les genoux. »
Avec une imagination qui semble avoir atteint son apogée, inondée de fraîcheur et poussée par la musicalité d’un style irréprochable, Laurent Gaudé raconte l’existence des Scorta de 1870 à nos jours. Chronique d’une famille qui vivra certes pauvrement, mais dans l’éternel désir « de manger le ciel et de boire les étoiles », Le Soleil des Scorta est une fresque vivante et volcanique.

Note : 5 sur 5.

Le Soleil des Scorta de Laurent Gaudé, un roman vibrant qui traverse les générations pour raconter l’histoire poignante d’une famille marquée par le soleil implacable des Pouilles. Entre passion, secrets et quête de rédemption, laissez-vous emporter par cette fresque lumineuse et inoubliable.

Giovanni

Le prochain club aura lieu le 7 février, Catherine nous a préparé une sélection mêlant horrifique et thriller ! 

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